De art à Z

Visites guidées et conférences

Retour aux articles

De troublantes ressemblances! (15-03-21)

167 | 0

La fermeture forcée des lieux de culture depuis plus de six mois impacte forcément le moral de tous, et particulièrement celui du guide-conférencier placé au chômage technique!
Il m'arrive d'être saisi par une douloureuse nostalgie: j'en viendrais presque à regretter ces visites que j'assurais autrefois, au pas de course, dans une galerie des Glaces bondée et bruyante, me demandant si parviendrais à survivre aux hordes compactées de touristes chinois! Que donnerais-je à présent pour retourner dans la fosse aux lions! 

Il y a quelques jours, je me remémorais ces réflexions étonnantes dont me gratifiait parfois mon public scolaire, en visite, et qui débouchaient souvent sur des réflexions et idées géniales mais totalement incongrues... Je tiens à en partager aujourd'hui quelques-unes avec vous.

Ainsi, introduisons un magnifique masque-heaume Bamiléké, une pièce en bois sculptée au XIXe siècle dans l’Ouest du Cameroun que l'on pouvait, il y a peu, admirer dans les collections du musée du Quai Branly.


De grands yeux comme des balles de tennis, des oreilles de chauve-souris, un nez allongé…Vraiment, ne lui trouvez-vous aucun air familier ? Plusieurs enfants amateurs de sorcellerie et de bièraubeurre m’ont déjà souligné sa ressemblance manifeste avec Dobby, le craintif elfe de maison appartenant à l’univers d’« Harry Potter » ! J’avoue que depuis lors, il m'est difficile de ne pas faire l'amalgame…
Je me dis que le réalisateur américain Chris Columbus (à qui nous devons les succès « Madame Doubtfire » et « Maman, j’ai raté l’avion » - un classique des rediffusions de Noël !) a très bien pu faire un petit détour par le 37 Quai Branly à Paris, avant de se lancer dans l’adaptation cinématographique du deuxième opus de la série…
Pour en revenir au masque Bamiléké, il appartenait à une société Troh. Formée de neuf notables passant pour les gardiens des traditions, elle devait superviser le choix d’un nouveau chef, son investiture et ses funérailles ! Que de responsabilités ! Si Dobby avait su que son visage inspirait crainte et respect sous d'autres latitudes, il en aurait sans doute jeté sa taie d’oreiller aux visages des infects Lucius et Narcissa !

Conservons ce même état d'esprit légèrement décalé en présentant maintenant un autre artefact extra-européen. Il y a quelques années, je confesse avoir embobiné tout un groupe d'enfants trop ingénus au Pavillon des Sessions

Le lieu constitue l'antenne officielle du musée du Quai Branly au Louvre: ouvert en l'an 2000 et finalement assez éloigné de cette chère et incontournable Mona Lisa dans le parcours général, le pavillon est le plus souvent désert et totalement ignoré des touristes. Bref, je parvins à faire croire à mes bambins en grande section de maternelle que la productrice britannique Anna Wood avait subitement trouvé l'inspiration en admirant ici une imposante sculpture du Vanuatu, colorée au bleu de lessive!
Seraient alors nés les fameux Télétubbies, vous savez, ces petits êtres terriblement mièvres qui débilitèrent toute une génération de têtes blondes et moins blondes au début des années 2000!
Il faut dire que tout y est, cela en est troublant: l'antenne ridicule, la couleur criarde et le visage un peu benêt...Bon, l'étui pénien a juste été remplacé par une lucarne magique sur le ventre replet, pour une diffusion tous publics Outre-Manche...
Plus sérieusement, notre sculpture fut rapportée d'une expédition menée en 1935 sur l'île volcanique de Malo, en plein océan Pacifique. Baptisée "Trou Körrou" dans la langue locale, ce qui signifie "placé devant vous, il vous regarde", elle était rituellement utilisée dans "la maison des Hommes" pour célébrer l'accession d'un villageois aux plus hauts grades de la société!
Patience! Quand la Culture sera à nouveau dans les bonnes grâces du gouvernement, vous pourrez alors présenter vos hommages au cousin éloigné de Tinky Winky!

Si je parviens à berner un public scolaire en visite, je peux également duper avec une certaine aisance les adultes! Ainsi, lors d'un passage au musée de Minéralogie (vénérable institution sise depuis 1815 au 60 boulevard Saint-Michel à Paris), je parvins à faire le rapprochement entre un fragment de stibine, originaire de Roumanie et exposé en vitrine, et l'iconique série "Game of Thrones"...

J'avais ainsi annoncé, avec un certain aplomb, que David Benioff et Daniel Weiss, scénaristes et co-créateurs de l'un des plus grands succès télévisuels de ces dix dernières années, s'en étaient inspirés pour le visuel du fameux trône de fer!
J'avais alors rappelé que la stibine, réduite à l'état de poudre, est habituellement utilisée dans la fabrication du mascara, des allumettes de sûreté mais aussi des pièces pyrotechniques car elle donne un effet de scintillement aux feux d'artifice...Un clin d'œil évident et appuyé à l'un des personnages préférés par les fans: Daenerys Targaryen, mère des Dragons! Les personnes m'accompagnant avaient alors jugé l'information parfaitement recevable et y avaient cru dur comme (trône) de fer...Qu'il s'avère simple de diffuser des hoax! Au lieu d'établir des liens fumeux (cas de le dire!) entre la Khaleesi et le Jardin du Luxembourg, je me dis parfois que je devrais me lancer en politique...
Sinon, je vous recommande chaleureusement la visite du musée de Minéralogie car il y a là pléthore de belles pierres. Je suis ainsi demeuré rêveur devant un bloc incolore et cubique d'halite (du sel de cuisine tout bêtement!) ou devant des morceaux de sépiolite qui m'évoquèrent immédiatement de mini-sculptures de Jean Arp!

Pour conclure ce court billet qui, je l'espère, vous aura décroché un sourire ou deux, je vous emmène au musée de l'Armée, sis dans l'hôtel des Invalides. Chacune de mes venues dans la vénérable institution est source de réjouissances car je vais y croiser mon ami "le Bibendum"! 


Dans le département "Armes et Armures anciennes", magnifiquement implanté dans les anciennes salles de réfectoire du bâtiment, une salle entière est dédiée aux grands ateliers d'armurerie européens. C'est là que m'attend "Bib", le cocasse chevalier! Il s'agit tout bêtement d'un ensemble de défenses de bras et de jambes, qui furent réalisées dans un atelier allemand, probablement dans la région d'Augsbourg, vers 1520. Ce décor en trois dimensions - qui me fait immédiatement penser au Bonhomme Michelin - serait apparemment la signature des artisans germaniques. Il est destiné à des pièces utilisées pour des tournois à pied ou portées par des officiers de certaines unités de pied...Je trouve en tout cas qu'une telle protection protégerait admirablement les pneumatiques de Bibendum! Imaginer ce rondouillard personnage en armure et animé d'intentions belliqueuses n'est peut-être pas si grotesque que cela finalement! Les premières représentations de la mascotte Michelin (esquissées par le dessinateur O'Galop), au début du XXe siècle, le faisaient apparaître armé d'un couteau, terrassant ses concurrents ensanglantés...On est bien loin de son actuel aspect débonnaire! Heureusement, cette approche guerrière fut vite oubliée par les publicitaires...

Vous confessant tout ceci, vous allez finir par penser que le guide-conférencier est un histrion refoulé, un bonimenteur de la pire espèce auquel il ne faut finalement accorder aucun crédit. Mais je vous rassure: professionnalisme oblige, je révèle toujours mes supercheries si mon auditoire s'avère un chouïa trop crédule! Vous pourrez donc me retrouver sans crainte dès la réouverture des musées franciliens!

Retour aux articles