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Game is not over! (25-01-19)

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Alors que je faisais dernièrement un petit détour par la Butte-aux-Cailles, j'ai été envahi, sans crier gare, par un doux sentiment de nostalgie! Le responsable en est un graffeur d'origine havraise connu sous le "blaze" de JACE! Celui-ci, pour mon plus grand bonheur, a investi un mur aveugle de 16m de hauteur au N°59  de la rue du Moulinet, dans le 13e arrondissement, en juillet 2015.

Pour la petite histoire, la municipalité du 13ème a mis en place depuis 2009 un partenariat avec la Galerie Itinerrance (sise au 24 bis boulevard du Général Jean Simon). Le but est de proposer aux titis parisiens comme aux touristes étrangers un parcours de fresques réalisées par les grands noms de la scène Street Art française et internationale...Un peu de couleur au pied des hautes tours du 13e arrondissement transformé à cette occasion en musée à ciel ouvert!

Retournons donc rue du Moulinet où l'ami JACE, après avoir employé 35 litres d'acrylique, 40 bombes et travaillé trois jours sans relâche en pleine chaleur estival, nous gratifie finalement d'un "Gouzou Mario". "Gouzou"? Kézako?

Les gouzous constituent la signature visuelle de l'artiste depuis 1992: des petits personnages oranges et sans visage qu'il dissémine à travers le globe...Parait-il qu'une marque de vêtements chinoise (dont nous tairons le nom afin de ne pas lui faire une publicité bien peu méritée!) a même osé reproduire sans son accord quelques gouzous sur ses pièces textiles...L'artiste a intenté un procès contre l'entreprise pour faire reconnaître sa paternité...procès qu'il a gagné! On jubile toujours lorsque David parvient à terrasser Goliath au terme du récit!
Ici, le héros biblique à la fronde est remplacé par une figure iconique pour tous les "gamers": Mario Bros ! Goliath, lui, prend les traits d'un vilain gorille lanceur de tonneaux...

Tout garçon ayant démarré sa ludothèque dans les "Eighties" (à commencer par l'auteur de ce billet) sera pris d'un pincement au cœur devant cet hommage, à peine voilé, au jeu d'arcade "Donkey Kong", jeu qui remporta un monstrueux succès au Japon et en Amérique du Nord lors de sa sortie en 1981.

Mario, grossièrement pixelisé et doté d'une casquette rouge, s'appelait alors "Jumpman" et sautillait de poutrelle en poutrelle pour tenter de sauver une demoiselle en détresse: la future "princesse Peach" (personnage à la niaiserie des plus crispantes).
Presque quarante ans plus tard, le bondissant et infatigable moustachu (devenu plombier de métier à l'état civil) continue, à chaque itération de ses aventures, de courir, faire des pirouettes pour sauver l'écervelée aristocrate en rose bonbon (qui ne semble jamais retenir la leçon!)...Engrangeant, pour son plus grand bonheur, des millions de yens chez la firme nipponne Nintendo!
Le seul qui a presque réussi à ébranler la suprématie de Mario dans cet univers vidéoludique est peut-être "Sonic the Hedgedog": un érinacéidé couleur bleu acide capable de courir à la vitesse du son! L'intrépide est très vite devenu dans les années 1990 la mascotte officielle de Sega, société concurrente. 

Dans la cour de récré, il fallait alors effectuer un choix cornélien, qui conditionnait entièrement les amitiés infantiles: "t'es plutôt hérisson ou plutôt plombier?" Je pose donc la question : à quand une fresque dans le sud de la capitale qui mettrait cette fois à l'honneur Sonic? Histoire de raviver un peu la gentillette querelle, 100% geek, qui opposait autrefois les Pro-Sega et les Pro-Nintendo....Peut-être que j'irai un jour, par pure provocation, gribouiller à la craie la figure du héros hérissé de piquants sur les murs de la piscine de la Butte-aux-Cailles...pile en face du N°59 de la rue du Moulinet (avec votre fin esprit d'analyse, vous aurez très vite compris à quel clan je m'étais rallié durant l'adolescence...)

D'ailleurs, pour ceux que le sujet intéresse, je ne peux que recommander la passionnante lecture de l'ouvrage Console Wars par Blake J. Harris...

PS: pour les "Gouzou-philes, les petits hommes oranges se retrouvent en d'autres lieux du 13e arrondissement...En 2018, l'un d'eux, parachuté du ciel dans le Passage Boiton, se trouvait en bien mauvaise posture. Est-il toujours retenu à la branche de son étoile? Ca, rien n'est moins sûr, le Street Art brillant par son caractère éphémère...En tout cas, levez le nez la prochaine fois que vous vous promènerez dans le quartier! :)

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