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Le bonheur est arrivé! Fú dào le! (05-06-2015)

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En septembre 2014, j’eus la chance de voyager en Chine, sac vissé sur le dos et mon exemplaire de G’Palémo en poche (merci à toi, ô Guide du Routard, pour m’avoir sauvé dans maintes situations délicates, que ce soit au guichet d’une gare ou à la réception d’un hôtel…Je ne te serai jamais assez reconnaissant). En plus de Beijing (oui, depuis les Jeux Olympiques de 2008, il est à présent de bon ton de délaisser l’ancienne appellation « Pékin » pour ce nom qui signifie « capitale du Nord »), je pus également traverser les régions du Hebei et du Shanxi. Tout ceci rapporté aux dimensions impressionnantes de l’Empire du Milieu, mon circuit semble ridiculement court.

En tout cas, séjourner un temps là-bas, c’est se retrouver sans cesse entouré d’objets porte-bonheur, immergé constamment au milieu de symboles chinois séculaires et autres grigris censés attirer la Bonne Fortune sur votre tête…

Voici une petite sélection de ceux qui ont régulièrement attiré mon attention aux cours de mes tribulations de Frenchy trentenaire en Chine…

Commençons par le caractère du Double Bonheur : un incontournable !

Ce double bonheur fait référence à l’une des célébrations les plus importantes de la vie d’un être (aux yeux des Chinois en tout cas !): le mariage. Le souhait du bonheur conjugal s'exprime dans quantité de dictons tels que "puissiez-vous vieillir ensemble en harmonie" (ce qui donne en chinois à peu près correct: Bái tóu xié lăo)

La Bonne Fortune entoure le caractère du double bonheur et l’a rendu universel. En Chine, on le voit apparaître sur des bols, des verres, des vases, des emballages et plein d’autres objets usuels.

Sur la présente photo, il encadre la porte d’entrée d’une siheyuan bien délabrée (la siheyuan est une maison traditionnelle chinoise à cour intérieure. Parait-il que la capitale en compte encore 400 000, pour l'instant épargnées par les bulldozers) devant laquelle je suis passé alors que je pénétrais dans un hutong. Le terme signifie « puits » en mongol. Un hutong est un quartier traditionnel propre à Pékin et conçu sous la dynastie mongole des Yuan (1279-1368). L’Occidental peut facilement se perdre à l’intérieur de ces ruelles tranquilles que la municipalité de Beijing rénove peu à peu.

Lors d’une cérémonie de mariage, on appose traditionnellement sur les murs, les portes et les fenêtres le caractère du double bonheur , soit sur papier découpé soit imprimé. Ce caractère xî, en version grand format, décorait également la chambre nuptiale. Pas besoin de vous faire un dessin…

Petite précision : La couleur rouge hóng porte chance mais symbolise aussi la joie et la félicité. Depuis l’époque des Song (960-1279), la fiancée porte toujours du rouge, couleur reine en Chine!

Viennent ensuite les Enfants du Bonheur : mes chouchous ! Ils m’ont accompagné durant tout mon périple. On voit ce petit garçon et cette petite fille à l’entrée des commerces ou des logis. 

En Chinois, on les nomme communément Da A Fu. Une sympathique légende leur est associée : dans les collines Huishan de Wuxi (dans la province côtière de Jiangsu) vivaient deux lions verts menaçants qui s’attaquaient aux enfants. Le vert n’a pas aussi bonne presse que le rouge dans le pays de la porcelaine. « Porter un bonnet vert » voudrait dire être infidèle à son époux…En tout cas, les femmes volages se garderont d’associer du vert et du rouge : c’est en Chine, signe de mauvais goût ! D’ailleurs, hóngpèilǜ (on retrouve l’association des deux couleurs dans ce terme) signifie avoir mauvais goût !

Mais revenons-en à nos deux lions !

Ces derniers, comme tous les bons lions maléfiques qui se respectent, dévoraient les enfants de la région. Aussi, les habitants effrayés implorèrent-ils les esprits (mesquin comme je suis, je me suis toujours demandé si ces doléances aux divinités étaient le fruit d’un véritable amour parental ou de la peur de ne plus avoir aucun descendant pour assurer le culte quotidien aux ancêtres. Enfin bref...). Leurs prières arrivèrent finalement jusqu’aux oreilles de l’Empereur de Jade (que j’imagine, pour le coup, porter beaucoup de vert !) qui envoya illico presto deux esprits qui prirent la forme d’enfants. Bien sûr, ces derniers réussirent à mater les félidés. On les vénéra alors comme il se doit et ces deux esprits protecteurs apportèrent la prospérité dans la région.

Pour représenter ces enfants, on fabriquait autrefois des statuettes d’argile. A présent, on les dessine sur papier. Ceux que vous pouvez admirer ici ont été aperçus dans une artère de Pingyao. Notez qu'on voit apparaître de nouveau le symbole "Double Bonheur" sur les médaillons que ces adorables bambins tiennent en main!

Cette ville entourée de remparts de 12m de haut, a subi très peu de changements depuis l’époque des Ming (1368-1644) et a été inscrite au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO en 1997.

On trouve encore à Pingyao de nombreuses demeures d’architecture traditionnelle, certaines transformées en auberges et hôtels pour la plus grande joie des touristes ! Voici en cadeau bonus une photo de la cour intérieure de l’hôtel dans lequel j’eus la chance de passer deux nuits.

Attention pour conclure ce billet, trois stars à l’horizon ! Le terme « star » est d’autant plus approprié que nous allons évoquer ici trois dieux stellaires Fu Lou Shou. A l’origine, ces trois déités étaient révérées comme étoiles détenant la clef de la destinée humaine.

On trouve leurs statues absolument partout! D’ailleurs, pas besoin de se rendre jusqu’en Chine pour les admirer (si vous tenez vraiment à savoir, ces trois-là ont été aperçus dans la Nan Dajie de Pingyao...) Si vous passez par l’Ile-de-France, quelques déambulations dans le quartier chinois des Olympiades et une observation minutieuse des devantures de restaurants vous feront prendre conscience de leur importance ! Dans ma liste de "chinoiseries", j'ai n'ai d'ailleurs pas manqué de rapporter mes trois Fu Lu Shou: 100% plastique mais assurément 100% "made in China". Elles s'occupent à présent à sourire, depuis une armoire dans le salon.

Laissez-moi vous les présenter - je tiens à préciser que la mise en place des trois dieux chinois sur mon étagère suédoise est considérée comme la seule réglementaire par les puristes! De gauche à droite, il y aura toujours: 

Fuxing, « Etoile heureuse », présente l’aspect d’un doux vieillard tenant tantôt un sceptre de jade tantôt un enfant. Ce dieu serait inspiré d’une personne réelle, Yang Cheng, qui vivait dans la province du Hunan au temps des Han de l’Ouest (206 av. J.-C. – 8 apr. J.-C.). A cette époque, un décret impérial stipulait que les nains devaient être conduits au palais de l’empereur Wu Di pour y servir d’esclaves et distraire la famille royale. Cela provoquait désespoir et colère au sein des familles concernées. Quand Yang Cheng devint gouverneur de la préfecture, il adressa une requête à l’empereur, affirmant que les gens du petit peuple étaient ses sujets et non ses esclaves! L’empereur touché par toute cette rhétorique se passa dès lors de personnes asservies à la verticalité contrariée et d'esclaves en général! Et le peuple, jusque là bien docile, décida de faire de Yang Cheng son dieu du Bonheur. Happy Ending!

Luxing « Etoile de la Prospérité » présente l’habit du mandarin et arbore un sceptre cérémoniel ruyi. Autrefois, les représentations théâtrales étaient précédées d’un prologue où figurait le dieu de la Prospérité. C’est à lui qu’on devait s’adresser également pour espérer la réussite aux examens impériaux ! Oh, d’un point de vue vestimentaire, je ne sais pas si cela représente une bonne chose : une fois mandarin, on arbore le même couvre-chef un peu ridicule que Luxing, la fameuse coiffure noire à ailettes de gaze évoquant des ailes de libellules !

Et le plus populaire des trois pour la fin : Shouxing ! « Etoile de Longévité » est un senior bienfaisant, au front proéminent, qui tient une canne (parfois à tête de dragon) dans une main et une pêche de l’immortalité dans l’autre. Celui que l’on surnomme le « Vieil Homme du Pôle Sud » serait resté dix ans dans le ventre de sa mère avant de venir au monde Il avait déjà l'aspect d'un vieil homme quand il naquit ! Un Benjamin Button des antipodes en somme !

Ma dernière pensée allant à cette malheureuse parturiente qui a du être surprise au moment de l'accouchement, c’est ici que je vous laisse jusqu’au prochain billet…

A bientôt,

Cyril

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