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Les Derniers des Mohicans! (26-11-20)

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En cette période de morosité généralisée, je vous propose une courte série "Dernier des Mohicans" pour nous changer les idées ! Je tiens à parler ici des raretés parisiennes, classées ou en voie de disparition. C’est parti !

● En premier lieu, je vous présente un étrange coffret métallique qui avait attiré mon regard le jour où je suis passé par l'avenue de Saxe, afin d'effectuer des repérages dans le quartier de l'UNESCO. Mais à quoi donc pouvait bien servir ce curieux objet, attaqué par la rouille et frappé des armoiries de la capitale? Il ne s'agissait assurément pas d'un horodateur ou d'une poubelle!

Jouant les fins limiers, j'obtins finalement ma réponse: une boîte à sable! Il y en avait pléthore dans le Paris du début du XXe siècle. Dès que la chaussée était rendue glissante par le verglas ou la neige, hop, les cantonniers venaient y puiser du sable par la trappe se trouvant à la base de la boîte. Ce sable était également utilisé pour éponger l'urine des chevaux avant de la balayer. Le crottin, lui, ne restait jamais très longtemps sur la chaussée car il était très recherché comme engrais pour les plantations des cours, des balcons et jardins.

A ma connaissance, il ne reste désormais que cinq exemplaires de ces boîtes à sable dans les rues de Paris...Vous savez déjà où se trouve l'une d'entre elles; à vous à présent de rechercher ses quatre petites sœurs!

● Dans la famille "Le Dernier des Mohicans" toujours, je réclame le seul jubé préservé de la capitale! Pour cela, direction l'Eglise Saint-Etienne-du-Mont dans le 5e arrondissement...Mais rappelons d'abord ce qu'est exactement un jubé: il s'agit d'une galerie transversale au-dessus de la nef, sur laquelle se plaçait autrefois le prêtre lisant les textes saints. 



Ce nom "jubé" vient d'une prière latine : "Jube, Domine, Benedicere..." ("Ordonne, Seigneur, de bénir..."). Avec les réformes de l'Eglise, la plupart de ces galeries furent progressivement remplacées par des chaires. A Sainte-Etienne-du Mont, les paroissiens les plus épris de modernisme réclamèrent au XVIIIe siècle, à corps et à cri, la suppression cet élément passéiste, masquant le chœur de l'édifice! L'un d'eux promit même la somme généreuse de 3000 livres pour le financement des travaux de destruction!
Pour une fois, l’appât du gain n'eut pas le dernier mot. On peut s'en réjouir car il eut été fort regrettable de voir disparaitre ce jubé sculpté en 1545. Les flancs de ses deux escaliers en spirale sont habillés d'une dentelle de pierre, réalisée avec une grande finesse d'exécution! Pas besoin d'être croyant pour apprécier ce travail des plus minutieux!

Dans les écoinçons de l’arc, deux Renommées portaient autrefois les clous de la Passion et la Couronne d’épines. Depuis 1794, ces symboles ont été remplacés par une couronne en feuilles de chêne et d’olivier, beaucoup plus acceptables aux yeux des Révolutionnaires!
Il ne reste aujourd'hui plus que neuf jubés à travers la France. A vous de rechercher les huit autres...Rappelez-vous que pour cela, "Google is your friend"!

● Après l'étrange boite à sable de l'avenue de Saxe, c'est un autre objet peint en rouge flamboyant qui a, cette fois, capté mon attention! On se déplace au 9 rue de Sévigné, en plein quartier Saint-Paul. A proximité de la caserne établie à cette adresse, on peut voir un avertisseur public d'incendie! La Ville de Paris les mit en service à partir de 1886...Mais la généralisation des téléphones privés et des cabines téléphoniques dans les années 1970 eut raison des "avertos" que de petits plaisantins utilisaient uniquement pour générer de fausses alertes!

Celui du 9 rue de Sévigné, outre le fait qu'il soit parfaitement entretenu, est aussi le dernier exemplaire visible sur la voie publique! La plupart du temps, ces avertisseurs ont été relégués comme éléments décoratifs au sein même des casernes.

En croisant mes lectures, j'ai appris que mon "averto" avait été fabriqué en 1947 par l'Association des Ouvriers en Instruments de précision, en collaboration avec les services techniques des sapeurs pompiers de Paris...

Petite anecdote en prime: suite à un incendie survenu au palais de Saint-Cloud durant l'hiver 1810 (à cause d'un modeste poêle en tôle) et qui aurait pu coûter la vie à Napoléon 1er, l'empereur prend conscience de la nécessité d'avoir des gardes formés et dédiés à l'extinction des feux...La noble mission est confiée à un corps militaire qui deviendra le premier bataillon des Sapeurs-pompiers de Paris: la fameuse caserne du 9 rue de Sévigné!

● Je ne pensais certainement pas dédier une seule de mes publications à un urinoir (celui de Marcel Duchamp à la rigueur!). Pourtant, c'est bien ce que je m'apprête à faire aujourd'hui pour respecter ma thématique "Dernier des Mohicans"! Après le dernier jubé ou le dernier avertisseur public de Paris, voici venir la dernière vespasienne de la capitale! Pour soulager en un éclair leurs vessies, ces messieurs pourront toujours faire une halte face au 86 boulevard Arago dans le 14e (juste à côté de la Prison de la Santé). Ils y découvriront le dernier exemplaire subsistant d'un modèle d'urinoir circulaire à deux places pour hommes. La Ville avait commencé à les installer vers 1877.

Les "Ginettes" ont progressivement disparu du paysage parisien à la fin des années 1970, remplacées par des sanisettes d'usage mixte (le terme "sanisette", marque commerciale déposée par JCDecaux, est pourtant passé dans la langue française par abus de langage!) ...Au grand dam des chauffeurs de taxi pressés, des policiers faisant des rondes ou de certains garçons en quête d'amitiés particulières dans ces no woman's lands qu'ils avaient renommés "tasses"! ...Mais, de manière plus collective, pour la plus grande joie des narines délicates, souvent incommodées par des odeurs, disons, souffrées!

● Après avoir évoqué, nez pincé, la dernière vespasienne de Paname sur le boulevard Arago, je vous emmène désormais au 104 rue Mouffetard, à l'assaut de la Montagne Sainte-Geneviève. Une fois sur place, si vous levez le nez au-dessus du troquet installé à cette adresse, vous apercevrez une console..."Rien d'extraordinaire" me rétorqueriez-vous! Il s'agit pourtant du dernier support de lanterne sur lequel apparaissent encore distinctement les armoiries de la capitale. On reconnaît parfaitement la fameuse nef surmontée d'une couronne dentelée.
Mais qu'est-il advenu de ces consœurs que l'on comptait autrefois par dizaines dans les rues? Elles ont été bêtement ferraillées la plupart du temps...ou volées par des collectionneurs...

Si l'idée d'arrondir vos fins de mois en la jouant Arsène Lupin vous traversait déjà l'esprit (je sais ô combien les temps sont difficiles!), oubliez donc! Montrez plutôt votre grandeur d'âme et votre soif de découverte en passant votre chemin et en vous arrêtant un mètre après le 104 de la rue Mouffetard. Vous entrerez alors dans le discret Passage des Postes. Sur la gauche s'élève une maison censée, selon Edgar P. Jacobs, auteur de la série "Blake et Mortimer", mener au QG souterrain du "méchant Olrik". Le repère de l'éternel adversaire du MI5 apparaît très clairement dans l'album "l’Affaire du Collier". Rappelons que les pentes sud et est de la montagne Sainte-Geneviève reposent sur un vaste réseau d’anciennes carrières qui servit longtemps de refuge ou de lieu de promenades initiatiques aux étudiants du quartier Latin...

● En conclusion, parlons un peu signalétique !

On ne voit apparemment aucun panneau "Stop" dans les rues de Paris! Légende urbaine ou fait avéré? La réponse se veut plus nuancée...Voilà ce qu'indique officiellement la Préfecture de Police: "Compte tenu de la densité de circulation dans la capitale, les panneaux de type AB4 (entendez par là les "Stops") ne sont traditionnellement pas installées sur la voie publique et ce afin de ne pas créer de blocage dans les voies où ils auraient été implantés"...Et pourtant, automobilistes comme piétons ont croisé, durant des années, un panneau AB4 au niveau du 10 bis quai Henri IV, à l'extrémité de la bretelle d'accès menant au port éponyme. La direction de la Voirie et du déplacement assure ne jamais avoir posé ce panneau qui semble ancien. La ligne de stop, elle, a en tout cas été bien marquée au sol! La Préfecture aurait-elle été prise en défaut? Que nenni!

Elle a réponse à tout: "Les véhicules sortant du port sont peu nombreux et débouchent perpendiculairement au quai Henri-IV où les véhicules circulent rapidement. La signalisation tricolore en amont leur permet de bénéficier du laps de temps suffisant pour s'engager en sécurité après qu'ils ont marqué un temps d'arrêt au Stop. La priorité à droite rendrait la situation dangereuse et l'installation d'une signalisation tricolore ne serait pas justifiée eu égard au peu de véhicules provenant du port".

Le panneau, qui était simplement fixé avec des vis apparentes, fut finalement déposé au pied du poteau qui le soutenait avant de complètement disparaître en 2017. Vous connaissez cet adage : "ce qui est rare est cher!". M'est avis qu'il a été probablement volé par un joyeux drille, amateur de raretés! Nous ne saurons probablement jamais qui avait installé le dit panneau mais une chose est désormais sûre: il n'y a plus aucun Stop dans Paname!

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