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Mon Petit Paris animal. Chapitre 3: la Ménagerie exotique (10-03-2015)

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Parmi ces courts billets consacrés régulièrement à « Mon Petit Paris Animal », je me devais d’en dédier au moins un à une exposition temporaire que j’avais particulièrement appréciée par le passé. Celle-ci avait pour cadre le musée Cernuschi (un des plus anciens musées de la ville de Paris). Ce petit bijou dédié aux arts d’Extrême-Orient, aux abords du parc Monceau, est un lieu particulièrement apprécié par l’auteur du présent article. Calme, en dehors des principaux circuits touristiques de la capitale, l’endroit ne vous promet pas bousculades quotidiennes et slaloms éreintants parmi la foule, comme cela peut être le cas devant une Victoire de Samothrace (superbement restaurée au passage !) ou un Déjeuner sur l’Herbe.

Le musée a beau avoir été inauguré en 1889, certaines pièces de ses collections ont sans doute rarement vu la lumière du jour. L’exposition s’intitulait, non sans malice, «Animaux sans réserve » et s’est tenue au printemps 2011 (oui, que le Temps passe…). Le but était justement d’exhumer des réserves les « oubliés » du musée. Et bel hommage leur avait été rendu pour l’occasion. Du Japon à la Chine, en faisant une halte par le Vietnam ou la Corée (parent pauvre dans les vitrines de la petite institution, il faut bien l’avouer…), figée dans le bronze ou saisie sur du papier, une véritable ménagerie s’est offerte à nous pendant quelques mois ! 

Voici donc une petite sélection personnelle des objets dépoussiérés qui avaient attiré mon attention ou m’avaient tout simplement décroché un sourire pendant ma visite.

Qu'es aquò? La curieuse bestiole qui se présente sous vos yeux est un poisson-tigre. Ou pour être plus précis, un Shachihoko (à vos souhaits!). Le monstre a accompli un long voyage: avant de se retrouver promu au sein du folklore japonais, il hantait la mythologie chinoise où il est connu sous le nom de Chiwen, un des Neuf Fils du Dragon. Hybride au corps de poisson et à la gueule de tigre, il serait parait-il capable d'éteindre les incendies. 

Shachihoko est particulièrement puissant : pour preuve, il a même le droit à sa variation Pokémon - les amateurs sont invités à jeter un œil sur "Gyaradosu", Leviator dans sa version française....D'ailleurs, la fiche technique de ce monstre précise qu'il est de "type eau" (vos enfants ou petits-enfants vous expliqueront...). Belle preuve de cohérence de la part de Nintendo! 

Il se retrouve donc très logiquement aux extrémités des poutres faîtières (les shibi, histoire de faire mon intéressant...) des bâtiments, temples et autres châteaux du Japon féodal, dont la structure en bois demeurait particulièrement vulnérable au feu.

On dit que les plus beaux spécimens couronnent les toitures du château de Nagoya. En métal doré, ils symbolisent l'autorité du seigneur féodal. Pour preuve:

L'image ci-dessus ne leur rend pas justice. Elle date de 2005 et fut prise pendant "l'Expo 2005": les deux poissons-tigres avaient été momentanément descendus du haut du château pour frétiller temporairement à hauteur d'homme. 

"Un peu l'équivalent de notre salamandre locale en somme!" aurait sans doute rétorqué le roi François 1er. Afin de ne pas vexer le Bonhomme Colas, jouons les chauvins et avouons que l'amphibien ignifuge semble bien plus sympathique et avenant que le shachihoko de l'autre bout du monde!!!

Dans un registre différent, j'avais également apprécié ce petit objet de porcelaine représentant un ras surmontant un radis. 

Dans la pensée japonaise, ce motif renvoie à l'idée de richesse domestique. En effet, une maison où l'on ne se soucie pas de laisser quelques denrées à la portée des rongeurs est une maison où l'on ne manque de rien. C'est d'une logique accablante!

Sachez qu'au Japon un rat blanc et un radis accompagnent très souvent Daikoku. Cette entité a tour pour plaire: symbolisant la richesse, le commerce et les échanges, elle est incorporée dans le groupe très sélect des "Sept Divinités du Bonheur". L'avoir comme ami est plutôt une garantie pour l'avenir. Si le dieu n'a pas son rat de compagnie, vous le distinguerez dans la bande de divins lurons par le sac (la richesse) qu'il tient toujours sur l'épaule et un maillet en bois (la vertu du travail) qu'il brandit.

Sinon pour vous aider, voici ci-dessous un "portrait robot" du supranaturel  Daikoku que l'on doit à Ogata Kôrin, l'un des plus grands peintres de l'archipel nippon (un jugement esthétique qui n'engage que moi...et peut-être 127 millions de Japonais). La peinture de cet artiste du XVIIe siècle est actuellement conservée au Miho Museum. 

Pour en revenir à notre rongeur de porcelaine, on pourrait sans doute classer la pièce dans la catégorie des okimono ("ornement" en japonais). Il s'agit d'objets purement décoratifs, généralement de petites dimensions, faits pour être exposés dans le tokonoma (si un jour vous vous décidez à faire construire sur votre terrain une maison traditionnelle japonaise, il faudra absolument intégrer à votre plan cette indispensable petite alcôve au plancher surélevé! Sous peine de rester catalogué "gaijin" encore longtemps...) ou pour être offerts en cadeaux et placés sur les étagères du tokowaki

La ménagerie du musée Cernuschi continuera à se dévoiler dans un prochain billet.

A bientôt,

Cyril

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