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Mon Petit Paris Animal. Chapitre 3: la ménagerie exotique (suite) (22-04-2015)

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Après de curieux poissons-tigres ou d’espiègles rats, se présente sur la scène de notre ménagerie exotique (voir l’exposition temporaire « Animaux sans réserve » du musée Cernuschi en 2011) le plus noble et le plus méritant des animaux : le singe ! J’avoue, ce jugement manque foncièrement d’objectivité : le singe est en fait mon « shêngxiào », c’est-à-dire mon animal-signe dans le zodiaque chinois.

Vous pouvez vous adonner ici à un savant jeu mathématique : sachant que le zodiaque chinois reste basé sur un cycle de 12 années et que la dernière année officiellement protégée par le primate fut 2004…et sachant également que je n’affiche plus 20 Printemps au compteur (malgré tous mes efforts pour ne pas le faire paraître), les fins limiers auront tôt fait de retrouver mon année de naissance...

Mais revenons à nos moutons…ou plutôt à notre singe pour le coup!

J’avais particulièrement apprécié la représentation d’un gibbon : celui-ci prenait vie sous le pinceau habile de l’artiste chinois Zhang Daqian (1899-1983). Cet homme rompu aux styles anciens s’inspire dans sa peinture (datée de 1945) d’une réalisation antérieure, de la main d’un certain Li Sheng (artiste du XVIe siècle).

Il faut savoir que dans la peinture traditionnelle chinoise, la notion de « copie » n’est pas dévalorisée comme elle peut l’être en Occident : copier inlassablement les maîtres du passé, exercer son œil en se confrontant à leurs réalisations fait partie de l’enseignement du peintre. La chose est parfaitement acceptée.

Zhang Daqian élevait des singes dans sa propriété pour une observation directe : sans doute plus simple pour saisir les mouvements souples du gibbon lorsque ce dernier déambule d’arbre en arbre!

Des gibbons, on peut en croiser dans les forêts du sud et sud-ouest de la Chine. La littérature chinoise fait allusion aux gibbons dès l’époque des Han (206 avant JC/ 220 après JC).

Nos excellents acrobates symbolisent, dans la pensée chinoise, poètes et philosophes qui recherchent leur idéal de noblesse dans une vie simple et retirée, affranchie du monde vulgaire.

Sous la dynastie Tang (618-907), le cri du gibbon dans les gorges du Changjiang (le puissant « Fleuve Bleu » qui coule au sud de la Chine) évoque la nostalgie du haut fonctionnaire dépêché en poste loin de sa terre natale.

On peut préciser ici que le mot singe hóu est homophone de l’expression « mandarin de haut rang » en chinois. A ce titre, il représente des vœux d’avancement et de prospérité. Un singe essayant de décrocher un sceau royal des branches d’un arbre exprime alors le désir d’obtenir une haute position à la cour : fêng hóu guà yìn


Les longs bras du gibbon le rangent, parmi les primates, dans la famille des Hylobatidés. Je suis sûr que la nouvelle vous réjouit autant que moi! Il est sans doute plus intéressant de vous préciser que cette particularité physique (les longs bras !) est perçue en Asie comme le signe d’une capacité à capter et retenir un maximum de (principe fondamental qui forme et anime l’univers et la vie, notion –clef de la pensée chinoise) dans son corps. Et hop, voilà le secret d’une vie rallongée de plusieurs centaines d’années ! Nos amis gibbons auront ainsi le temps de parvenir à la sagesse. Voilà pourquoi ils constituent un sujet pictural de premier choix pour les peintres du bouddhisme Chan (école bouddhique insistant particulièrement sur la méditation et connue au Japon sous le nom de « Zen »).

Dans un même ordre d’idée, le cerf (de longs bois) ou la grue (un cou élancé) peuvent être associés à cette idée de longévité!

Prenons la grue blanche : cet animal, hélas en voie d’extinction, transporterait d’après les légendes chinoises les âmes des défunts jusqu’aux cieux.

On peut les représenter à côté d’un pin (également symbole de longévité car il reste vert tout au long de l’année). Ensemble, ils forment l’heureuse combinaison « hè shòu sông líng » qui signifie : « une vie aussi longue que celle de la grue et du pin ». C’est une formule qu’on peut retrouver sur les cartes de vœux lors du Nouvel An Chinois !

Au Japon, les grues passent aussi pour avoir une exceptionnelle espérance de vie. Particulièrement admirées, elles furent à l'origine associées au mont Hôrai, lieu de séjour des immortels taoïstes. Elles devinrent par la suite un motif purement décoratif.

Pour preuve, voici un joli bol à thé bicolore à décor de grue, datant du XVIIIe siècle et conservé au Tokyo National Museum. 

Cette image placée au sein de ce billet est complètement gratuite : elle a surtout le mérite de rappeler que j’étais étudiant-stagiaire au musée de Sèvres, pendant l’exposition temporaire « Satsuma : de l’exotisme au japonisme » en 2007 et que j’ai pu voir ce chawan (bol à thé)d’un peu plus près lorsqu’un prêt exceptionnel fut consenti par le Japon à l’institution.

Si vous n’êtes pas amateurs(rices) de céramique, vous pourrez toujours à la place admirer cette fresque du 13e arrondissement (place de Vénétie, Zac Masséna 13) réalisée par l’artiste francilien Stew.

L’homme, inspiré par le pays du soleil levant, a peint cette monumentale fresque en janvier 2014 sur la Tour Tivoli... Après 3 mois de travail et l’usage de plus d’une centaine de pochoirs aux motifs divers, les riverains peuvent à présent contempler au quotidien cette splendide grue (à moins qu’il ne s’agisse d’un héron – je confesse des compétences en ornithologie bien maigrelettes…). Rappelons que la Zac Masséna 13 se trouve au cœur du quartier asiatique du 13e arrondissement, le plus grand Chinatown d’Europe. Ce choix de motif est loin d’être innocent…

D’ailleurs, plus d’une quinzaine de fresques monumentales sont disséminées à travers le quartier. Juste à côté du grand oiseau, toujours sur la place de Vénétie, vous pourrez facilement apercevoir une œuvre de l’artiste portugais Pantonio – la plus grande fresque d’Europe (66m de haut sur 15m de large), réalisée en moins de 15 jours s’il vous plaît !

Afin d’égayer la façade d’un immeuble, est représenté cette fois un banc de poissons (sardines ? Carpes Koï ? Le débat reste ouvert). Ce thème là encore n’est pas le fruit du hasard.

Mais il faudra attendre un prochain billet pour comprendre la symbolise chinoise associée au poisson…

A bientôt,

Cyril

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