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Mon Petit Paris animal. Chapitre 2: les Moutons (06-02-2015)

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Mon Petit Paris animal. Chapitre 2: les Moutons (06-02-2015)

La vie du guide-conférencier est parsemée de belles rencontres…Certaines parfois inattendues !

Si on m’avait dit qu’un jour, je tomberais nez à nez, ou plutôt nez à museau, avec de fiers caprinés dans le site culturel le plus visité de France….

Nous sommes le 28 mars 2014 au Louvre: de jolis moutons bretons remontent l’escalier hélicoïdal du Hall Napoléon et semblent un instant admiratifs devant la pyramide de l’architecte sino-américain Ioeh Ming Pei (oui, ces sympathiques herbivores ont l’esprit sans doute plus ouvert que les adversaires du projet « Grand Louvre » en leur temps !).

Je me rappelle quelques mines hagardes parmi le public et surtout les rires goguenards des enfants que j’encadrais ce jour-là ! Pour ma part, le mouton étant parmi les premiers animaux domestiqués par l’Homme et lui ayant rendu de fiers services par le passé, il semblerait parfaitement normal de lui dérouler le tapis rouge ! Mais si je peux me permettre une remarque : il eut été de bon ton de venir un an plus tard, en 2015, afin d’être parfaitement raccord avec l’astrologie chinoise qui célèbre en 2015 l’année de la Chèvre de Bois Vert…

Bois vert, bois vert…Pourquoi le peuple ovin avait-il justement abandonné ses verts pâturages ? Quel était le but de ce « happening » aux accents champêtres ?

Si j’ai bien tout saisi, l’action était menée par la Confédération paysanne.

En cause ? L’application française politique agricole commune (PAC) et la prime à la vache allaitante. Pour faire simple, la Confédération paysanne craignait que cela exclue les petits éleveurs ou les fermes ayant plusieurs petites productions diversifiées.

« Si les politiques continuent à éliminer les paysans comme ça, on va finir au musée » s’inquiétait alors Monsieur Laurent Pinatel, porte-parole du syndicat minoritaire ! Le geste joint à la parole…Un classique !

Comme je n’y entends rien en contrôle des prix et subventionnement de notre agriculture moderne, mes considérations étaient, sur le moment, bien plus prosaïques et « historiennes de l’art » : mais quelles œuvres ces visiteurs d’un jour auront-ils les plus appréciées durant leur promenade ? Les paris sont ouverts !

Même si on leur connait un instinct grégaire, je suis convaincu que cette fois, exceptionnellement, ils n’auront pas eu envie de suivre les gentils moutons (une race particulière, propre au Louvre, plutôt citadine) qui, eux, se rendent docilement et par centaines tous les jours devant la Mona Lisa, ne prêtant pas la moindre attention aux autres tableaux exposés (et voilà comment une visite de l’ancien palais des Rois de France peut être bouclée en 35 minutes) !

A mon humble avis, leurs bergers, prévenants, leur auront évité soigneusement le 1er étage de l’aile Richelieu (le département objets d’art pour les non-initiés). Quoi de plus traumatisant par exemple que cette plaque en ivoire provenant de la cathédrale de Salerne. Datant du Xe siècle (n° d'inventaire OA 10506), elle proviendrait sans doute d’un devant d’autel. Un détail y figure Caïen et Abel, présentant leurs offrandes à Dieu : un bouquet d’épis pour Caïn et un agneau pour Abel…Pas sûr que nos amis moutons aient goûté la portée symbolique de cette scène (ne parlons même pas du sacrifice d’Isaac par Abraham qui doit sans doute être représenté quelque part au musée)…

Non, non, ils auront sans doute bifurqué vers le département égyptien et seront restés un peu béats devant la momie de bélier consacré au Dieu Khnoum (n° d'inventaire : E 3089). Cette momie (au rez-de-chaussée de l’aile Sully) date de l’époque ptolémaïque (en gros, après le IV siècle avant notre ère) et fut retrouvée dans une nécropole sur l’île d’Elephantine (Assouan). Il faut rappeler que dans l’ancienne Egypte, le dieu Khnoum, « le maître de l’eau fraîche », régnait sur la première cataracte, près de l’île d’Eléphantine (considérée comme la source du Nil) et arborait une tête de bélier.

De voir leurs semblables traités avec tant de déférence dans l’Antiquité égyptienne leur aura sans doute mis du baume au cœur. Mieux que de verts fourrages ou des bottes de foin !

Et si les zélés agents de sécurité n’ont pas refoulé le troupeau à l’entrée de l’aile Denon (on peut toujours rêver), je pense que nos ruminants auront été définitivement conquis par les départements de peinture italienne et espagnole. Pour les brebis de la bande, il y a vraiment de quoi être fières devant cette accumulation d’"Agnus Dei" et d’"Adorations de Bergers" peints à l’huile…

Tiens, je parie qu’ils auront bêlé de plaisir devant l’ultime chef d’œuvre de Léonard, La Vierge à l’Enfant avec Sainte Anne (n° d'inventaire INV 776), restauré et allégé de quelques vernis. Ce tableau, que l’on peut admirer dans la Grande Galerie, aurait été entrepris par le génie de la Renaissance en 1501 et laissé inachevé à sa mort en 1519.

Finalement, on en revient toujours à Léonard….

A bientôt,

Cyril

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