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Mon Petit Paris Animal. Chapitre 1: les Ours (15-01-2015)

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Dans le cadre de ses pérégrinations sur le pavé parisien ou francilien, le guide-conférencier est parfois amené à croiser un bestiaire des plus insolites.

Pour inaugurer une courte série de billets sur "Mon Petit Paris animal", voici un premier chapitre dédié à celui qui demeura longtemps en Europe le roi des animaux (avant d'être supplanté par le lion): l'Ours!

Certains s’en rappellent peut-être mais fin 2012 (il y a trois ans déjà!), les mythiques United Buddy Bears (ce qui donne en dialecte franco-franchouillard « l’Amicale des ours unis ») foulaient enfin de leurs grosses pattes les pelouses des Champs-de-Mars. 

Nos ursidés, venus directement d’Outre-Rhin, entendaient célébrer le 25e anniversaire du pacte d'amitié entre Paris et Berlin et le 50e anniversaire du traité de l'Elysée (signé par le Général de Gaulle et le Chancelier Adenauer pour sceller la réconciliation entre la France et la République Fédérale d’Allemagne).

Ils se voyaient ainsi investis d’un message de tolérance et d’entente entre les peuples, les cultures et les religions….un message qui semble, hélas, avoir de plus en plus à se frayer un chemin…Mais bon, je ne vais pas jouer ici mon ours mal léché !!!

Pour cette exposition en plein air, chaque plantigrade incarnait un des 140 pays reconnus par les Nations Unies et se voyait « customisé » par un artiste national. Superbe spectacle au pied de la Tour Eiffel ! Spontanément, je me mis à chercher parmi ces bestiaux bariolés de plus de 2m, les ressortissants asiatiques. J’eus le coup de cœur pour 4 ours en particulier (curieusement, celui représentant le Japon, complètement raccord avec les couleurs du drapeau nippon, me laissa plutôt impassible).

Les zoologues purs et durs, tatillons sur les classifications, espérant voir ici des ours à collier du Tibet, peuvent passer leur chemin. Voici venir mon chouchou, plus fantaisiste et plus sympathique. Ses trois comparses suivront dans un prochain billet…

Mon préféré, laqué d’or, représente officiellement le Myanmar. Mais comme je n’ai jamais aimé cautionner les juntes, je m’évertuerai à dire Birmanie. Bref, mon petit ours birman a été décoré par un artiste nommé Ko Ko Latt.

En observant un peu plus en détail les motifs choisis par l’artiste pour orner sa bête, on prend pleinement conscience de l’influence qu’eut l’Inde sur ce pays. Ainsi, sur le front, apparait le Bouddha Siddhârta Gautama en position de méditation. Plusieurs divinités protectrices, censées protéger l’humanité, disséminées sur la robe de l’animal, accompagnent le chef spirituel placé au sommet.

Sous la représentation de Bouddha, vient ensuite Galoun, le roi des Oiseaux. C'est tout simplement la version birmane de la divinité Garuda (ce qui signifie « aigle » en sanskrit). Cet homme-oiseau est tout droit issu de la mythologie hindoue, en tant que monture du dieu Visnu…Recyclé dans le panthéon bouddhique, il reste une figure importante du monde indianisé. Aujourd’hui, il est l’emblème de la monarchie en Thaïlande (un Garuda rouge qui orne un drapeau jaune flottant au-dessus du palais royal) ou celui de la capitale mongole Oulan-Bator (mais là-bas, on préfère l’appeler Khangarid). Il décore aussi les ailes des avions de l’(excellente) compagnie aérienne Garuda Indonesia fondée en 1948. Bref, il est partout !

Sur le ventre, on aperçoit Bilu. Ce personnage apparait dans les contes de fée et la tradition orale. Brutal, sinistre, voire cannibale, il n’est pas vraiment le gendre idéal mais peut s’avérer parfois bon et serviable. L’auteur de ce billet - sujet trop régulièrement aux maux de ventre (notre deuxième cerveau) - a trouvé l’emplacement symboliquement choisi pour Bilu parfaitement à-propos !

Sur les cuisses, se sont installés deux lions mythiques, gardiens des pagodes et des terrasses de temple. Ils incarnent courage, pouvoir et bravoure. 

Peut-être dans cette idée sous-jacente de concorde, Garuda l’aigle géant figure sur notre mammifère pas très loin de ses pires adversaires. Attention, séquence rififi chez les dieux !! Ses ennemis naturels, visibles sur les pattes de notre ours, sont les nâgasserpent » en sanskrit). Il s’agit de serpents fabuleux qui, en Asie du Sud-Est, possèdent plusieurs têtes souvent chimériques et effrayantes. Habitants du monde souterrain, ils gardent jalousement les trésors de la Terre.

Bon à savoir : dans l’art khmer (filons à présent à quelques kilomètres, au Cambodge), le nâga mâle dispose d’un nombre impair de têtes tandis que la femelle (la nagini) présente toujours un nombre pair ! Plus facile pour les distinguer !

Mais ne me remerciez pas trop vite pour cette astuce…Elle ne vous aidera nullement pour apprécier une de mes sculptures préférées au musée Guimet.

Que représente-t-elle ? Justement, un Bouddha du Cambodge sous un nâga: une statue en grès, caractéristique du style du Baphuon (XIe siècle).

©RMN. Numéro d'inventaire: MG17483 Côte Cliché: 00-018509

D’après la légende, notre Bouddha historique, après avoir atteint l’Illumination à Bodh-Gaya, se serait plongé dans une profonde méditation. Perdu dans ses exercices de recueillement, il ne s’aperçut même pas de la terrible averse qui venait de mettre en crue le lac voisin (et oui, nous étions en pleine saison des moussons). Pour que l’Eveillé ne coule pas à pic, un serpent du nom de Muchalinda arrêta de faire des ronds dans l’eau et, bien inspiré, se décida finalement à le surélever grâce à ses anneaux. Le fier animal consentit même à l’abriter de la pluie sous ses capuchons. L’Humanité lui en fut bien reconnaissante ! Bon, je vends la mèche : c’était un roi-nâga à sept têtes, donc bien un mâle!

Dans cette grande farandole des ours, vous ferez bientôt connaissance avec les dignes ambassadeurs du Sri Lanka, du Tadjikistan et de l’Indonésie, histoire de parcourir en long, en large et en travers, le continent asiatique.

A bientôt,

Cyril

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