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Mon petit Paris animal. Chapitre 1: Les ours (suite) (29-01-2015)

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Après avoir fait escale en Birmanie, la farandole des Ours nous conduit vers d’autres contrées asiatiques.

Halte à présent au Sri Lanka. L’artiste Jagath Roy Pathirana a choisi de peindre sur l'abdomen de son animal un somptueux éléphant paré. Pour tout Sri-Lankais, la présence de cet éléphant évoque instantanément la grande fête bouddhiste de Perahera.

Elle a lieu chaque année à Kandy, la dernière capitale royale du Sri Lanka. Au cours de processions nocturnes, plus d'une centaine d'éléphants caparaçonnés vont traverser la ville, en étant accompagnés de danseurs, d'acrobates du feu et de batteurs! Un des éléphants du cortège a le suprême honneur de porter une relique passant pour être la dent de Bouddha.

La scène de procession est ici encadrée par des arbres BO. Ce terme BO vient du cinghalais : il désigne l’arbre de l’éveil, le ficus religiosa ou pipal (ce qui donne en français, « figuier des pagodes ». Très poétique…). C’est sous cet arbre que Siddhârta Gautama aurait, d’après la tradition, atteint l’Illumination et l’état de Bouddha. Sur cette peinture, on reconnait bien la forme de cœur caractéristique des feuilles du pipal (d’ailleurs, le nom pipal vient du fait que la feuille pointue ressemble à celle du peuplier).

Envolons-nous à présent au Tadjikistan. Swetlana Frank, l’artiste qui a décoré l’ours tadjik, précise que son compagnon a été baptisé Bekhrus, ce qui signifie en langue tadjik "le plus beau jour". Si la jeune Boucle d’Or n’était pas née en Angleterre mais plutôt en Asie centrale, près de Douchanbé, elle aurait probablement fait la connaissance de ce curieux bonhomme, arborant un costume traditionnel de fête des plus colorés.

Quand on l’observe mieux, trois châles brodés ceinturent sa taille. S’il vient à rencontrer un ami ou un étranger, au détour d’un chemin ou aux abords d’un champ, Bekhrus utilisera immédiatement son premier châle en guise de nappe, étendra le deuxième sur le sol pour permettre à son invité de s’asseoir et proposera enfin, grâce au troisième, quelques morceaux de pain, une poignée de fruits secs et autres gourmandises…Assurément, cet ours flamboyant apparaît bien plus sympathique que les trois protagonistes du conte de Robert Southey

Notre petit périple chez les plantigrades nous conduit enfin en Indonésie, dernière étape. L’ours qui a capturé l’âme de ce pays (et a été décoré par l’artiste Trinawangwulan Sudarga) veut également jouer les figures anthropomorphes. En revêtant un habit, il devient Semar, personnage tiré du Wayang (terme indonésien signifiant « Ombre »), le théâtre d’ombres le plus populaire des îles Bali et Java.

Le Wayang (inscrit par l’UNESCO au "patrimoine culturel immatériel de l’humanité") est conçu comme un rituel, et non un divertissement, dont les représentations sont données pour les fêtes et cérémonies ainsi que tout événement important de la vie sociale.

Les héros du Wayang sont des modèles auxquels tout un chacun peut s’identifier. A ce titre, Semar est sans doute une des figures les plus riches et les plus complexes de ce théâtre d'ombres. A commencer par son nom qui dérive du terme javanais samar signifiant « obscur, mystérieux ». Semar est un punokawan, autrement dit un clown, un bouffon.

Mais il ne faut surtout pas se fier à son aspect bourru. Certes, avec son ventre flasque, son nez bosselé et sa lèvre inférieure tombante, il est fait comme un meneur d’ours (justement !). Pourtant, ses traits grossiers ne rendent pas justice à son intelligence et son grand cœur. Ce « gentil monstre » est à la fois serviteur et dieu incarné.

Il est une figure du Bien et joue le médiateur dans les dialogues du Wayang. En qualité de « fou du roi », il amuse, éduque, ose la critique et conseille les puissants ! Peut-être est-ce pour toutes ces qualités qu’il a été choisi pour intégrer cette ronde des Ours pacifiques…

A ce propos, je ne peux que vous recommander, en guise de conclusion, la lecture de l’ouvrage de Michel Pastoureau, L’ours, histoire d’un roi déchu dans la collection Points Histoire. L’auteur explique comment, en Europe, cet ancien roi des animaux fut victime, dès les premiers temps du christianisme, d’une campagne de diabolisation par l’Eglise. Assurément, nos si sereins United Buddy Bears en seraient profondément choqués  et meurtris s’ils venaient à baisser les pattes pour entamer la lecture de ce livre!

A bientôt,

Cyril

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