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Nefertiti & Cie (06-04-20)

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Pour la plupart confinés entre quatre murs, il nous serait actuellement bien impossible d’envisager une excursion, de l’autre côté de la Méditerranée, vers la Vallée des Rois ! Que cela ne tienne, chers concitoyens ! Le vent du Nil vient directement souffler sur Paris ! Dans ce nouveau billet, focus sur le patrimoine sculpté et bâti qui nous catapulte de Paname à Thèbes ou Louxor !!!

●Honneurs doivent être prioritairement rendus au plus ancien monument de Paname : l’Obélisque de la place de la Concorde. Pour ce monolithe de 23m de hauteur, classé au titre des Monuments Historiques en 1936, l’histoire débute de l’autre côté de la Méditerranée à Thèbes. Il fut érigé en 1250 avant J.C., avec son frère jumeau, devant le temple du dieu Amon, au temps de Ramsès II.
En 1830, sous le règne du roi Charles X, le pacha Mehmet Ali, vice-roi d’Egypte enchanté que le studieux Champollion soit parvenu à déchiffrer les hiéroglyphes, cède à la France ces encombrants fûts quadrangulaires…
Par souci d’équité, Louis-Philippe offre en 1845 une horloge en cuivre qui orne aujourd’hui la citadelle du Caire (mais qui ne fonctionna jamais car sans doute endommagée à la livraison ! C’est ballot !).
Les Français décident de commencer par expatrier le plus petit (qui pèse accessoirement 230 tonnes). Son transport nécessite la construction sur mesure d’un navire à huit coques, le Louxor (dont la maquette est visible au musée de la Marine) ! Après un long voyage via Gibraltar, Le Havre puis la Seine, il faut réussir à dresser l’obélisque sur la place grâce à de nouveaux engins de levage : un exploit pour l’époque, qui est commémoré sur le socle de la colonne. Mais l’opération fut tellement fastidieuse que les Français jurèrent qu’on ne les y reprendrait plus ! Le second obélisque ne fut finalement jamais expédié et rendu officiellement à l’Egypte…par François Mitterrand lors de son premier mandat ! Un président socialiste qui dotera ensuite Paris d’une pyramide et recevra ainsi de la presse les sobriquets de « Mitteramsès » et « Tontonkhamon »…Beau clin d’œil de l’Histoire !


●Sise au 42 rue de Sèvres (septième arrondissement) et installée en 1808, la fontaine du Fellah tirait autrefois son eau de la pompe du Gros-Caillou. La voilà désormais asséchée !
Accolée à l’enceinte de l’ancien hôpital Laennec, elle détone un peu dans le paysage urbain et illustre parfaitement le style « retour d’Egypte » particulièrement en vogue dans la France du début du XIXe siècle. Le sculpteur Pierre-Nicolas Beauvallet, mandaté pour cette fontaine, s’était inspiré d’un marbre découvert à Tivoli, dans la villa Adriana en 1788 qui représentait Antinoüs, le favori de l’empereur Hadrien. Par honnêteté intellectuelle, je me dois de vous préciser que la statue de Beauvallet fut remplacée par une copie en 1844.
Est donc figuré rue de Sèvres un fellah (un cultivateur égyptien), debout à la porte d’un temple égyptien surmonté d’un magnifique aigle aux ailes déployées (tant qu’à faire, cirons au passage les pompes militaires de ce cher Napoléon!). Notre laboureur des bords du Nil apparait vêtu d’un pagne croisé…Mais anormalement coiffé d’un couvre-chef pharaonique : le fameux némès que tous les enfants associent à Toutankhamon ! Il y a comme une erreur de casting ici ! Merci Monsieur Beauvallet mais pour la véracité archéologique, on repassera !

●Chers lecteurs égyptomaniaques, direction à présent vers l’un des plus étonnants cinémas de la capitale ! Dans le 10e arrondissement, à l’angle du boulevard de la Chapelle et du boulevard Magenta, se trouve le Louxor-Palais du Cinéma. Ce bâtiment dont la façade jure un peu dans le quartier, fut construit en 1921 par l’architecte Henri Zipcy qui opta pour le style « néo-égyptien ». A l’image d’un Mau spotted tabby ronronnant sur les bords du Nil, le lieu connut différentes vies : temple des péplums à l’égyptienne jusque dans les seventies, il mua en discothèque à l’aube des années 1980. Fermé en 1988, il est hélas progressivement laissé à l’abandon. Les riverains se désolent alors de voir se détériorer peu à peu les magnifiques mosaïques bleu et or de la façade, réalisées par la fabrique Gentil & Bourdet (implantée à Billancourt et particulièrement réputée durant l’Entre-deux-Guerres).
Grâce au soutien d’associations, la ville de Paris décide finalement de diligenter une rénovation. Paré de ses motifs enfin reluisants de scarabées kheper, de cobras uraeus et de disques ailés, le bâtiment rouvre en tant que cinéma en 2013, doté de trois salles. A noter : la première salle de projection porte le nom de l’illustre réalisateur égyptien Youssef Chahine tandis la deuxième salle évoque, par son plafond étoilé, les tombes de la vallée des Rois….Bref, après le confinement, vous savez où vous rendre pour vous faire une toile…

●Direction ensuite la place du Caire. Nous sommes en 1806 et le Petit Corse rentre en France après la campagne d’Egypte. Les Parigots se prennent alors de passion pour tout ce qui vient du delta du Nil, une passion largement nourrie des récits des savants et des croquis des artistes qui avaient été embarqués dans l’aventure. Un quartier à thème, baptisé « Foire du Caire », sort ainsi de terre sur la rive droite. Le passage du Caire était censé rappeler l’ambiance d’un bazar cairote, mais le but ne fut hélas jamais atteint ! Depuis, il est colonisé par les boutiques d’articles pour étalagistes, dévolues aux professionnels du prêt-à-porter. L’immeuble au N°2 de la place, réalisé par l’architecte Prétel et couvrant l’entrée du passage, illustre le style « Retour d’Egypte ».
Cette façade est à l’architecture égyptienne ce que le péplum est à l’histoire : un pastiche baroque ! On y voit des fenêtres de style néogothique vénitien encadrées de fleurs de lotus, de têtes de sphinx, de hiéroglyphes fantaisistes et surtout du visage cloné en trois exemplaires de la déesse Hathor (reconnaissable aisément à ses oreilles de vache !). C’est un joli fourre-tout architectural !
Détail amusant : dans la corniche, on distingue un insolite profil affublé d’un nez gigantesque…Il s’agit du portrait du peintre Henri-Auguste Bouginier (1799-1866), dont le blair surdéveloppé fut caricaturé par ses amis rapins sur nombre de murs parisiens ! L’illustre renifloir eut même les honneurs d’une mention dans les « Misérables » par Victor Hugo ! Certains restent également convaincus qu’Edmond de Rostand s’en serait inspiré pour donner forme à Cyrano en 1897. Si le nez de Bouginier eût été plus court, toute la face de Paris aurait changé…

J’aurais enfin pu vous parler de l’incontournable Pyramide du Louvre (posée en 1989 dans le même axe que l’obélisque de la Concorde). Mais c’eut été trop facile ! Alors, on vous présentera à la place une pyramide moins connue, plus aigüe, gardée par des vigiles de pierre au sein du Parc Monceau.
Ce célèbre jardin d’agrément du huitième arrondissement est un reliquat de la « Folie de Chartres ». A la fin du XVIIIe siècle, le duc de Chartres (Louis-Philippe d’Orléans pour les intimes !) entendait rivaliser avec le prestigieux jardin de Bagatelle, en disséminant sur ses terrains quelques fabriques. Notre duc ayant été nommé Grand Maître du Grand Orient de France, l’architecte-paysagiste Carmontelle, diligenté pour l’agencement du parc, voulut satisfaire son commanditaire en glissant ci et là quelques fabriques…C’est ainsi que sortit de terre en 1773 une pyramide, symbole d’immortalité. Elle abritait à l’origine une statue de la déesse Isis, encadrée par deux effigies de pharaons.
Mais son inspiration est à rechercher dans la péninsule italienne et non dans la vallée du Nil : la pyramide de Caiüs Cestius (1er siècle av. J.-C.) à Rome, qui passait autrefois pour être le tombeau de Rémus, frère de Romulus, mythique fondateur de Rome ! Comme toutes les fabriques, elle invite à une réflexion sur le Temps qui passe…Je vous recommande, après le confinement, d’aller admirer à quelques mètres de la pyramide, la "Naumachie", bassin agrémenté d’une magnifique colonnade corinthienne…


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