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Ô mon ami le Tanuki! (04-01-2017)

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Pendant plus d’un an, la Petite Galerie du Louvre a accueilli une exposition à destination du jeune public, baptisée « Mythes fondateur. D’Hercule à Dark Vador ».

Immanquablement, à chaque fois que je descendais les trois escalators de l’aile Richelieu menant sous la Pyramide avec mes classes en visite, je guettais les réactions enthousiastes des enfants passant sous l’affiche de l’exposition : « Hé, regarde, il y a Hercule ! » ou encore « Trop classe Dark Vador !». Quel plaisir de constater que la jeune génération connait bien ses héros, qu’ils soient classiques ou contemporains (n’en déplaise aux puristes mais les marmots, eux, c’est plus Anakin Skywalker passé du Côté Obscur qu’ils « kiffent » que son trop propret Jedi de fils, Luke ! C’est ainsi!).

Par contre, mes têtes blondes et moins blondes faisaient généralement chou blanc lorsqu’il s’agissait de reconnaître le 3e larron sur l’affiche… « C’est quoi, ce truc ? ». Tout content de pouvoir renouer avec mes premières amours (l’Extrême-Orient) alors que nous pénétrions dans le plus grand musée du monde, j’en profitais pour étaler mon petit vernis de culture !

« Ca, c’est un tanuki bien sûr! »

« Un tanukoi ? »

« Un TA-NU-KI ! »

Le tanuki, quésaco ? Le tanuki est sans doute la vedette du bestiaire fantastique japonais, la « big star » du monde surnaturel ! Il serait, semble-t-il, inspiré du chien viverrin originaire de Sibérie (dans le jargon scientifique, Nyctereutes Viverrinus. Mais tout de suite, cela sonne mais glamour !). Dans les représentations populaires qui abondent à l’entrée des bars ou des maisons de geisha, on aime l’affubler d’un large chapeau de paille et d’une gourde de saké. La dive bouteille accompagnera les repas copieux que le tanuki engloutira pour assouvir son insatiable appétit…Il n’y a qu’à admirer le ventre rebondi de la charmante bestiole pour s’en assurer ! Par nuit de lune claire, les tanuki réunis joueront un bien curieux concert en frappant énergiquement sur leur bedaine…Pompoko Pompoko…Ce son se veut insupportable aux oreilles du voyageur nocturne qui risquerait de s’égarer en passant à proximité des tambourinaires farceurs !

Et oui ! Car il ne faut pas oublier que la bestiole, toute kawaï qu’elle puisse être à nos yeux, n’en appartient pas moins au monde trouble des yôkai, c’est-à-dire des créatures surnaturelles qui aiment à jouer quelques tours pendables aux hommes (demandez à vos enfants qui regardent actuellement le dessin animé à succès « Yo-Kai Watch », ils vous expliqueront bien mieux que moi). D’ailleurs, le nom de tanuki est souvent donné comme sobriquet pour désigner une personne rusée et puissante. Tokugawa Ieyasu, un célèbre shogun du 16e siècle et fin stratège qui unifia le pays alors en guerre, fut ainsi appelé furu-tanuki : « le vieux tanuki » !

Le tanuki, comme tout être magique qui se respecte, peut changer de forme à l’infini afin de torturer les humains : il devient une jolie femme aux cheveux noirs de jais, un austère moine bouddhiste ou encore…une bouilloire à thé ! Au Moyen-Orient, si vous époussetez une lampe, un génie docile en sort. Au Japon, si vous ne prenez pas garde quand vous astiquez une bouilloire, c’est une espèce de gros blaireau qui pue que vous recevrez en récompense de vos bons soins !

Mais ce qui frappera (voire choquera) le lecteur occidental, c’est la particularité anatomique du tanuki : celui-ci arbore de très volumineuses parties génitales. Loin d’être un secret partagé exclusivement entre adultes avertis, tout le monde est au courant sur l’archipel…et surtout les plus jeunes enfants qui apprennent très tôt à l’école cette comptine célébrant l’anatomie du chien viverrin:

Tan Tan Tanuki no kintama Wa

Kaze mo nai no ni,

Bura bura

Qui se traduit par « Les bijoux du tan-tan-tanuki se balancent, et pourtant il n’y a pas le moindre vent ».

Pour revenir au sujet qui nous intéresse, la peau du scrotum de notre cher tanuki serait extensible d’une longueur de 8 tatamis ! Et cela peut s’avérer fort pratique dans bien des situations ! Vous n’en voyez pas l’utilité? Admirez donc quelques instants ces estampes du maître-graveur Utagawa Kuniyoshi (histoire de donner une caution culturelle à ce billet qui est en train de filer sous la ceinture).

On y voit des tanuki à l’œuvre en pleine séance de pêche : le scrotum extensible se mue en filet d'une efficacité redoutable…Par temps de pluie, galanterie oblige, il permettra encore d’abriter la belle (qui, pour des raisons que nous ne prendrons même pas la peine d’expliquer ici, ne dispose pas d’un tel don)! Sinon, compacté, il pourra assommer un poisson-chat ou le pauvre pèlerin qui s’est approché d’un peu trop près. L’imagination des Japonais est débordante et je leur tire ici mon chapeau !

Vous n’osez point me poser la question qui vous brûle les lèvres : « Alors, en vrai ? ». La déception sera sans doute aussi grande que ne l’était votre attente ! Question entrejambe, le Nyctereutes Viverrinus n’a vraiment rien d’exceptionnel à faire valoir! Peut-être a-t-il en commun, avec sa version fantasmée et fantastique, ce petit regard espiègle : vous jugerez par vous-même avec ce cliché pris sur le vif par l’auteur du présent texte. 

Alors que je visitais l’île sacrée de Miyajima, lors d’un séjour sur l’archipel nippon, je surpris un tanuki faisant les poubelles derrière le sanctuaire d’Itsukushima. Il faut l’avouer, on est quand même plus proche du gros rat d’égout que de la figure bienveillante et toute en rondeurs !

Si vous tenez à conserver une image bonhomme et sympathique du tanuki, alors visionnez ce chef-d’œuvre de l’animation japonaise : "Pompoko". Le film, sorti des studios Ghibli en 1994, relate la vie de pauvres tanuki chassés du jour au lendemain de leur forêt, à la périphérie de Tôkyô, par de vils et mercantiles promoteurs immobiliers. Comme les irréductibles Gaulois face aux armées de Jules César, les tanuki tenteront par tous les moyens de résister à l’envahisseur…Ne disposant pas d’une potion magique mitonnée par un druide, ils useront alors de ce que la Nature leur a donné pour chasser les intrus de leur espace vital…Pas besoin de vous faire un dessin ! En Amérique, on s’était offusqué de voir déambuler "topless" (so shocking, isn't-it?!)  les femmes du village dans le dessin animé "Kirikou" de Michel Ocelot. Au Japon, cela fait rire tout le monde de voir les tanuki user de la peau de leurs …. pour se lancer dans une mission de parachutage !

Certains passent du coq à l’âne ! Moi, je devrais passer du tanuki au kitsune. Autrement dit, du chien viverrin au renard. Les deux ont bien du mal à cohabiter ! Autre esprit surnaturel et animal également polymorphe, le kitsune est sans doute l’adeversaire le plus redoutable du tanuki : il apparait d’ailleurs dans le dessin animé cité plus haut. Bon visionnage donc…

De mon côté, je retourne au musée du Louvre où a débuté une nouvelle exposition de la Petite Galerie : "Corps en mouvement. La Danse au Musée". Mais l’affiche est beaucoup moins rigolote…

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