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Sieu Nissart, m'en bati! 1/2 (31-08-20)

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Aujourd'hui encore, je me demande si avoir quitté volontairement la Côte d'Azur, où je naquis il y a presque quarante ans, ne fut pas la plus grossière erreur de mon existence!

Chaque année, comme le fils prodigue de la parabole, je prends mes quartiers d'été à Nice et ne manque jamais d'aller présenter mes hommages à mes parents (qui me trouvent à présent un déplorable accent pointu!) et de retourner en pèlerinage sur les lieux qui me virent trainer en culotte courte! 

En ce climat de rentrée plutôt morose, j'avais envie de dédier un billet à la capitale azuréenne: voilà trois-quatre monuments (modernes comme anciens) qui ont attiré mon attention durant la période estivale. Je tente de prolonger, bien artificiellement, la magie des vacances...

● A l'heure où les identitaires de tous bords hurlent à l'appropriation culturelle et menacent l'universalisme, et bien moi, simple quidam, je confesse avoir été particulièrement content de découvrir une authentique isba bien loin des rives de la Volga!
Какой сюрприз!

Pour ça, direction le parc Valrose où est implanté le campus de la Faculté des Sciences.
Cette maison russe en bois, qui détonne assurément au pied des palmiers, a été classée Monument Historique en 1991 et a longtemps servi de foyer aux enseignants de la faculté.
Mais comment tel édifice fut-il édifié près de la Colline de Cimiez? Intéressons-nous à la figure du baron Paul Von Derwies (né en 1826), "hivernant" sur la Côte d'Azur et professeur de piano émérite, qui fut très inspiré le jour où il demanda à l'un de ses élèves de l'initier à la spéculation. Son ascension est alors fulgurante: le voilà devenu riche banquier et propriétaire de lignes de chemins de fer (le futur Transsibérien). A l'âge de 45 ans, il se retire des affaires pour revenir à ses premières amours: la Musique. Il achète le fameux domaine de Valrose où il fait construire château, parc, fausses ruines...Mais surtout, il fait démonter entièrement une isba qu'il possédait près de Kiev, en Ukraine, pour la faire remonter dans son parc, avec tous ses accessoires d'origine. Sur certaines frises, on retrouve des proverbes inscrits en alphabet cyrillique: "Bière n'est point nectar, hydromel point ambroisie quand l'amour en douceur les surpasse..." C'était la pensée du jour...

● Les cas de contamination liés à la Covid-19 repartant, sans surprise, à la hausse, j'ai décidé de partager aujourd'hui un cliché bien dans "l'air du temps". Voici donc un massif Apollon muselé : même un Dieu peut être assujetti aux gestes-barrières et au port du masque!
Notre éphèbe en marbre, de 7m de haut, trône au centre de la "Fontaine du Soleil": un monument de la Place Masséna bien connu de tous les Niçois qui s'y donnent régulièrement rendez-vous pour une petite virée en centre-ville.
Inauguré en 1956, il est accompagné de cinq statues en bronze réalisées par Alfred Janniot, premier prix de Rome en 1919 et artiste rompu à l'exercice de la sculpture monumentale! Elles représentent Tellus, Mars, Vénus, Mercure et Saturne: un voisinage des plus prestigieux pour notre ami Apollon!
Sachez enfin que la nudité décomplexé du dieu des Arts lui valut d'être déplacé au Parc des Sports dans les années 1970 : Monsieur Musagète incommodait visiblement tous les tartuffes de la Côte d'Azur! Fort heureusement, la statue fit officiellement son retour le 20 juin 2011, dans l'axe de l'avenue Jean-Médecin...Pour la plus grande joie de la Génération Z, moins prude, qui raille avec délectation son divin appendice plutôt riquiqui...

●Alors que je traversais, pour la toute première fois, la grande salle des billets de la Station de tramway "Garibaldi" (inaugurée en 2020), mon oeil a immédiatement été attiré par une réplique, en résine et à l'échelle 1/1 de la Victoire de Samothrace. Cette copie (conçue par les Ateliers du Louvre) qui accueille désormais tous les voyageurs constitue un clin d'oeil des plus charmants à l'Histoire: en effet, le nom de la déesse de la Victoire, Niké, est à l'origine même du nom de la ville de Nice, une ancienne colonie grecque!

Autre détail intéressant: l'artiste Ernest Pignon-Ernest (né en 1942 à Nice mais travaillant de nos jours en région parisienne) lui a adjoint une représentation de Giuseppe Garibaldi enfant, en tenue de pêcheur. Le "pelandroun" ("coquin" en nissart), irrévérencieusement assis sur les ailes de la déesse, né à Nice en 1807, deviendra plus tard l'un des acteurs principaux du Risorgimento. Après avoir souligné les origines helléniques la ville, on rappelle ici les influences italiennes: bien vu! Précisons que cette sculpture de l'enfant du quartier a été réalisée en partenariat avec l'atelier Povigna, un réputé fabricant de chars pour le Carnaval de Nice.
Derrière cette œuvre baptisée "Pépin, la déesse et la mer", un mur de 3,5m, telle une figure de proue, retransmet en direct la vie du dehors, la mer, le ciel, à la sortie du port de Nice. Moi qui déteste viscéralement les transports en commun, je ne pensais pas sourire béatement à la sortie d'un tramway...

●Depuis 2002, Nice poursuit une politique d'embellissement de son célèbre Quai des Etats-Unis par l'installation de plusieurs oeuvres d'art. Le jour où vous flânez dans les rues de la capitale azuréenne, pensez à faire une halte à hauteur du N°91 sur le Quai. Là, vous y croiserez un visage des plus familiers: la Liberté éclairant le Monde!

Certes, la version niçoise (1,30m de haut), ne peut rivaliser avec la statue qui trône fièrement à Liberty Island (46m sans le socle). Mais il lui revient l'honneur d'être signée de la main de Monsieur Auguste Bartholdi "himself": il s'agit d'une esquisse préparatoire qui fut fort utile au sculpteur français pour la réalisation de la version définitive.
Ce modèle réduit fut acquis par la Ville en 2012, pour la somme de 110 000 euros. Deux ans plus tard, elle s'installait dos à l'Opéra de Nice, pour mieux regarder l'horizon de la Baie des Anges. Certes,les édiles auraient pu symboliquement la tourner vers "the Big Apple" mais ne chipotons point!
En France, en comptant l'exemplaire niçois, on peut admirer au moins neuf statues de la "Liberté" exposées en plein air. Sauriez-vous en dresser la liste?

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