De art à Z

Visites guidées et conférences

Retour aux articles

Une Reine sous son arbre (02.02.19)

238 | 0

Lorsque je me sens suffisamment courageux pour supporter un trajet en RER et me rendre jusqu'à Versailles afin d'y honorer quelques visites guidées, j'aime bien présenter mes hommages au "chêne de Marie-Antoinette" en arrivant devant le Petit Trianon! Mon petit rituel de conférencier...

A proximité de l'ancienne gentilhommière de Louis XV, une imposante souche déracinée, comme atterrie de nulle part, intrigue le visiteur un peut attentif...


Ce "querccus robur" (ou chêne pédonculé, quand on ne veut pas faire son intéressant comme moi en jouant sur quelques formulations latines...) avait été planté en 1683 à proximité du Grand Canal. Les calés en Histoire auront donc compris que ce n'est nullement l'archiduchesse d'Autriche, devenue la dernière reine de France et de Navarre, qui ordonna sa plantation...

"Respect" dis-je! Car le doyen des arbres du parc résista:

1) à l'abattage général ordonné par Louis XVI en 1776 

2) puis aux Sans-Culottes qui cherchèrent du bois pour se chauffer en pleine tourmente révolutionnaire

3) à la tempête du 26 décembre 1999

Finalement, c'est l'épisode caniculaire d'août 2003 qui eut raison de ce majestueux spécimen! Après avoir côtoyé les Grands de ce monde en villégiature à Versailles, le chêne s'éteint dans sa 321e année...
On décida donc de l'abattre en 2005 et de déplacer sa souche au croisement de l'avenue du Petit Trianon et de l'allée des Deux Trianons. Elle est toujours en place, racines à l'air, sous l'oeil indifférent de nombreux touristes. 

Si votre petit cœur d'écologiste s'émeut du sort réservé aux reliquats de ce chêne majestueux, sachez que l'entreprise suisse Breguet (qui avait investi 5 millions d'euros dans la restauration du Petit Trianon) lui a donné une seconde vie en utilisant son bois pour fabriquer un écrin accueillant la réédition de "la montre perpétuelle N°160". Un chef-d’œuvre d'horlogerie commandé par un officier des gardes de la Reine pour Marie-Antoinette. Hélas, la souveraine (raccourcie entre-temps!) ne reçut jamais la dite montre.
Les enfants, eux, se ficheront éperdument de cette histoire et des malheurs de l'Autrichienne. Ils verront surtout, dans ces racines à l'air, une base idéale pour les jeux et l'escalade!

Et puisque nous parlons arbres remarquables aujourd'hui, vous pourrez en admirer certains, toujours bien vivants, dans le jardin anglais du Petit Trianon. Pour exemple: un cèdre du Liban se dressant fièrement à droite de l'entrée du Petit Trianon...C'est un clin d’œil évident à Bernard de Jussieu, botaniste de Louis XV, qui disposa ici, à partir de 1759, de moyens nécessaires à la poursuite de sa classification des plantes...

En 1734, la France ne possédait pas un seul cèdre de Liban alors que la perfide Albion s'enorgueillissait d'en posséder plusieurs, introduits dès 1630. Jussieu ne pouvait rester bras croisés...Il en allait de l'honneur national! Il franchit donc la Manche pour aller prélever sur le sol britannique l'espèce si convoitée.

La légende raconte que de retour à Paris, le botaniste posa ses bagages chez lui rue des Bernardins, puis s’empressa d’aller planter son cèdre dans le jardin du roi (l'actuel Jardin des Plantes). En chemin, le pot qui le contenait, fêlé, se brisa en plusieurs morceaux...Loin de se laisser abattre comme la Perrette de La Fontaine, notre cher Jussieu eut l'heureuse initiative d’utiliser son chapeau comme pot d’appoint, l’espace de quelques dizaines de minutes !

Le cèdre a bien grandi et les Parisiens peuvent toujours aller le saluer...C'est un phénotype si fort et si sain que c’est sur lui que furent prélevées dans les années 1990, à la fin de la guerre du Liban, des boutures de méristème pour la culture in vitro. Ces prélèvements furent effectués dans le cadre d’un accord avec l’université de Beyrouth pour réintroduire le cèdre dans son pays d’origine, où il est considéré aujourd’hui comme étant en voie de disparition! Si Jussieu avait su cela...

Retour aux articles